Comment j'ai mis un terme à ma relation toxique avec la fast fashion

Tomber dans une frénésie d’achat est une expérience que beaucoup de jeunes filles connaissent. Que ce soit pour se sentir mieux, parce que les prix sont bas ou simplement par réflexe, acheter des vêtements sans arrêt peut se révéler être un véritable fardeau. Sarah nous raconte la manière dont elle s’est détachée de ces habitudes de consommation.

son compte IG :  @grandermarnier  / son  blog

son compte IG : @grandermarnier / son blog

“Toutes les relations ne sont pas faites pour durer. Et cela était le cas de ma relation avec la fast fashion. C’était des hauts et des bas, des déceptions et des moments de mal être constants - et cependant, ce fût une des relations dont il m’a été le plus difficile de me détacher. En 2012, je travaillais dans des bureaux et parvenais à gagner correctement ma vie (pour une personne de la vingtaine). Je m’occupais en sortant et développant ma vie sociale mais ma vie n’allait dans aucune direction en particulier. Ma routine était simple: dès lors que je recevais ma paye, j’allais acheter des fringues. J’étais comme réglée à la montre et ai suivi ces habitudes d’achat pendant deux ans.

J’ai toujours été obsédée par la mode : depuis le moment où j’ai été capable de tenir un crayon, j’ai commencé à dessiner des tenues. Lorsque j’ai commencé à travailler et à pouvoir m’acheter des fringues quand je le voulais, j’ai découvert un aspect de la mode que j’ignorais : le shopping. J’ai adoré cette liberté de pouvoir m’acheter des vêtements à n'importe quel moment, et ai dès lors associé le fait d’acheter à une notion d’indépendance. Et ça a été là, je pense, ma première erreur.


Cette capacité à pouvoir m’acheter des vêtements au gré de ma fantaisie, a fini par devenir une nouvelle source de bonheur. Et dès que trop de temps s’écoulait entre deux achats, je me sentais irritée et nerveuse. Cette expérience est celle qui dans ma vie se rapproche le plus d’une addiction et je suis certaine que si j’ai ressenti cela, d’autres aussi. J’étais surexcitée en me baladant sur les pages de promotions des e-shops, choisissant les pièces que j’allais acheter tout en essayant de dépenser un certain montant afin de bénéficier de la livraison offerte. Quand les colis arrivaient je ressentais un vrai rush d’anticipation ainsi que l’excitation d’essayer de nouvelles tenues - mais cela s’estompait rapidement et laissait place à un sentiment d’insatisfaction. Le fait de compter sur de constantes mises à jour de ma garde robe pour me sentir heureuse faisait en réalité l’effet inverse. Ce sont les effets de la fast fashion dont on ne parle pas assez.

Ce besoin constant d’acheter de nouvelles fringues n’est pas quelque chose que j’ai développé seule. En effet, je pense que la société m’a aidée à former cette idée dans mon esprit selon laquelle il faut consommer pour être heureux. Je pense qu’il y a vraiment une relation malsaine qui est construite entre le fait d’être une femme heureuse et celui d'obtenir le dernier sac ou la paire de chaussure à la mode. Et personnellement, cette idée selon laquelle faire du shopping remonte le moral était une vraie béquille : quand la vie est difficile, il suffit de s’acheter quelque-chose pour se sentir mieux. Cependant, le sentiment de liberté initialement ressenti s’est peu à peu transformé en une impression d’être prise au piège d’un cercle vicieux d’achats - qui ont fini par ne même plus me fair plaisir. Et j’ai fini par me sentir mal de ne plus apprécier de faire du shopping: parce qu’une femme qui n’aime pas acheter des fringues n’est pas une femme digne de ce nom. Si ?

Lors de mes cours de design de la mode à l’université, j’ai pu en apprendre plus sur les processus de production des vêtements et des matières ainsi que sur la réalité du monde du mannequinat. Cela m’a permis d’avoir une vision plus claire de l’industrie de la mode et de mettre en perspective ma relation à la fast fashion. J’ai été contrainte de ralentir la fréquence de mes achats car étant étudiante, j’étais à sec 90% du temps. J’ai du commencer à considérer chacun de mes achats, peser le pour et le contre de chaque pièce et cette façon de faire a modelé ma manière de consommer jusqu’à ce jour.

Je suis devenue avide de friperies et ai développé un amour pour les boutiques vintage dans lesquelles je passe des heures à fouiller dans les bacs de vieux vêtements. Il faut parfois chercher longtemps afin de trouver une pièce décente, mais cela en vaut le coup quand on trouve une pièce unique, reflétant un style personnel - et non un style imposé par la publicité. De plus, je me concentre sur les pièces que j’ai déjà afin de créer de nouveaux looks et cela me permet de ne pas penser à acheter de nouveaux vêtements : le challenge de styliser ma garde robe me permet de m’occuper l’esprit. Au début, résister à l’envie de dépenser de l’argent et d’acheter de nouvelles pièces était difficile, mais plus je prenais de la distance vis à vis du cercle vicieux qu’est la fast fashion, plus j’en voyais la véritable nature - ce qui avec le temps m’a aidée à m’en détacher.

Après l’obtention de mon diplôme, j’ai lancé mon blog (Grandermarnier) et ai poursuivi mes recherches sur l’industrie de la mode, ainsi que ses impacts environnementaux et sociaux.

A ce jour, ma relation avec la mode est plus saine. J’ai intégré le fait que je n’ai pas à acheter de vêtements à moins que je n’en ai vraiment besoin - je vois tout ce qui ne relève pas du besoin comme un luxe. L’année dernière, je n’ai acheté que sept pièces dont cinq qui venaient de boutiques de charité. Je ne dis pas que chacun doit suivre le même chemin que le mien, car tout le monde doit trouver sa propre manière de faire et toute personne a ses raisons pour entamer un changement dans sa vie. Mais j’encourage à réfléchir à ses choix lorsqu’il s’agit d’acheter des vêtements. Et comme Vivienne le dit “Achetez mois, choisissez bien, faîtes durer”. Je recommande également le livre To die for: is fast fashion wearing out the world  de Lucy Siegle qui permet d’ouvrir les yeux sur le côté sombre de l'industrie de la mode et contient plein d’infos sur la manière de se détacher de mauvaises habitudes de consommation. “

par Sarah King, pour SLAE. Traduit de l’anglais par Jessica

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