Ai-je besoin de "me comporter comme une dame" pour être respectée en tant que femme?

“Se comporter comme un dame”, qu’est ce que cela veut dire en réalité? Pourtant, c’est une rengaine que beaucoup de filles ont entendu en grandissant. C’est d’ailleurs ce qu’on tentait désespérément de faire rentrer dans la tête de Rose dans Titanic avant qu’elle ne décide de tout foutre en l’air (et de se taper Jack plutôt que le mec chiant à qui elle était promise. Beurk). C’est au tour de Samantha d’expliquer comment cette injonction l’a d’abord forgée avant de l’étouffer.

Illustrator unknown.

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Le piédestal sur lequel les femmes ont été placées est un piédestal de modestie et de pureté qui a pour origines les attentes que la société a historiquement mis sur nous en tant qu’exemples de vertue.

Lorsque j’étais jeune, l’expression “se tenir comme un dame” tournait en boucle dans ma tête. En grandissant, ma mère me disait toujours de me préparer à être une bonne partenaire pour tout prince qui ferait irruption dans ma vie : de la manière dont je tenais ma fourchette à table, à faire attention à contrôler le volume de mes rires et à ne pas jurer.

A l’époque cela me semblait logique car complètement à l’image du comportement des princesses Disney dont le prince les emmenait vers leur “heureux pour toujours.” Cette idée me dictant la manière dont je devais agir, la manière dont une femme doit agir pour être digne de l’amour d’un “prince” était enracinée en moi, comme c’est encore le cas j’en suis sûre, pour un lot de jeunes filles. Cette préparation peut fausser l’idée même de ce que réussir sa vie signifie, car elle promeut le concept selon lequel plus une personne correspond à ces standards, plus attirante elle est aux yeux d’un homme - comme si cela était le but ultime d’une vie.

Arrivée au collège, j’ai eu l’audace d’incorporer le mot “Putain” à mon vocabulaire. Mon frère et moi-même avions fait le pacte de ne pas avouer à nos parents que nous jurions, car j’avais peur que cela semble déplacé sortant de la bouche d’une jeune fille qui se respecte. Je découvrais quel genre de femme je voulais devenir, et je remarquais que mes pensées rentraient souvent en conflit avec ce qui m’avait été appris. A cette époque, être une femme signifiait pour moi maintenir autant de ma pureté que possible : porter du maquillage (mais pas trop !), être polie à l’excès et accommodante pour les autres, parfois à mes propres frais et mettant ce que je ressentais au second plan.

Je commençais à remarquer une différence entre ce qui était attendu de mon frère et ce qui était attendu de moi. On ne lui demandait jamais à lui, de mettre plus de couleurs dans sa garde robe par exemple. Pourquoi ma féminité était-elle fonction de ma décision de porter un jean ou une robe? Jusqu’à quel point une personne doit-elle sacrifier sa personnalité pour valider ce que d’autres ont défini comme étant “digne d’une dame”?

Gagnant en maturité, j’ai fini par délaisser cette idée selon laquelle rentrer dans le moule préfabriqué de la féminité validait mon caractère féminin et ai supposé que la société était en accord avec cette mentalité. Imaginez donc ma surprise lorsque, des années plus tard, mon copain de l’époque, m’entendant dire “C’est quoi de bordel?” pour la première fois répliqua “C’est pas joli sortant de ta bouche.” Ce à quoi je répondis sur un ton bien différent : “ T’es sérieux là putain?”. Honnêtement, je commençais à douter de moi, à me demander si le fait de proférer des jurons me rendait moins attirante à ses yeux et si ma mère avait eu raison depuis le début. Quelle idiote j’étais...

Je ne pense pas que mon copain se soit autant trituré l’esprit lorsque plusieurs “Putains” sont sortis de sa propre bouche. Un homme qui jure n’est pas considéré comme anormal, alors quand une femme fait de même, on la voit comme étant masculine. Franchement, il n’y a parfois pas d’autres mots pour exprimer la manière dont on se sent que de sortir un juron.. ou plusieurs, voire une belle combinaison. Alors ce double standard selon lequel il est moins acceptable qu’une femme jure plutôt qu’un homme peut aussi être interprété comme une tentative de supprimer notre droit à nous exprimer pour satisfaire cette société à domination masculine et donner d’autant plus de pouvoir à cette définition généralisée de la féminité.

Les femmes aussi sont coupables de se culpabiliser entre elles selon ces critères : lorsqu’on juge la tenue de l’une ou de l’autre ou la manière que chacune choisit pour s’exprimer. Il est impératif que nous nous supportions dans notre diversité et que nous encouragions l’individualité dès le plus jeune âge. Avec les réseaux sociaux infiltrant chaque fibre de nos vies et promouvant des attentes irréalisables envers nous mêmes, cette dimension est particulièrement importante.

Pour moi être féminine est subjectif. Les origines mêmes du mot viennent du Latin femina, qui signifie simplement femme. Rien de plus. Être féminine signifie être ce qu’une personne s’identifiant comme “femelle” en fait, la manière dont elle le définit personnellement. Ce n’est pas limité à un style particulier, à une manière de parler ou au choix de porter un pantalon plutôt qu’une jupe. C’est prêter attention à ce qui te fait te sentir bien et exprimer ta personnalité - avec ou sans filtre. J’ai accepté ma définition personnelle de la féminité et tout potentiel “prince” que laisse entrer dans ma vie doit m’accepter avec la créativité de mon langage, mon maquillage presque inexistant et les cheveux constamment attachés en chignon qui viennent livrés avec ma personne.  

par Samantha McCartney , traduit de l’anglais par Jessica Ayinda