Me ré-approprier la notion de succès, en tant que meuf dans la vingtaine

6f51b36cdabb4faa57a98e9d38ccf335.jpg

S’il est une chose en laquelle j’ai longtemps cru corps et âme, c’est en l’idée stéréotypée du succès qui m’a été transmise par la société, mes parents, ainsi que tous les adultes ayant participé de près ou de loin à mon éducation. Selon ces derniers, il est nécessaire pour réussir de faire des études prestigieuses, elles mêmes étant présentées comme l’unique tremplin permettant d'obtenir un poste qui, grâce à des missions supposées être passionnantes et les avantages salariaux allant de paire avec, sera la source d’une vie professionnelle heureuse et épanouissante. Il m’en a fallu peu pour intégrer ce modèle et travailler à en devenir le parfait stéréotype - ignorant par la même occasion le moi intérieur essayant désespérément de s’exprimer mais qui, à force d’être sans arrêt ignoré, a fini par se résoudre au silence.

L'efficacité du déni étant limitée, il m’a été nécessaire de trouver une source de motivation autre, et celle-ci consistait à me convaincre qu’une fois mes études terminées, je pourrai enfin jouir d‘un salaire digne de ce nom - ce qui constituait une raison suffisante de continuer dans un chemin qui ne me convenait pas. Dès lors, et sans le savoir, ma suffocation commençait.

Master en poche, deux années d’expérience au sein d’une grande entreprise ainsi que plusieurs offres d’emploi: que demander de plus? A présent devenue la parfaite représentation de l’idée socialement imposée de la réussite, j’avais enfin ce pour quoi j’avais travaillé, ce pour quoi j’avais écrasé des désirs que ne n’avais jamais pris le temps de connaître.

Quelque-chose, de toute évidence, clochait. Et s’il est possible d’ignorer ses maux pendant longtemps, dès lors que le cerveau décide qu’il est temps d’y faire face, il n’y a plus d’issue de secours.

Dilemme, questionnaire à choix multiple à points négatifs peu importe la réponse :

  1. Accepter un poste m’offrant cette stabilité financière si encensée ainsi que la reconnaissance professionnelle allant supposément avec. Effets indésirables: un sentiment de vide et une forte déprime.

  2. Refuser et retrouver une liberté mentale et l’impression d’être soi. Effets indésirables: une peur du futur tétanisante associée à une remise en question totale de son but dans la vie.

Car c’est là une autre chose que j’ai intégrée : ne pas avoir un bon travail selon ce qui est socialement accepté (signifiant être un salarié bénéficiant de ses cinq semaines de CP, possibles RTT, Comité d’entreprises et tickets resto à 9 euros), c’est avoir échoué. Ce qui rend la prise de décision d’autant plus difficile.

“Tu fais quoi dans la vie?”. Le travail est dans notre société, fortement associé à une notion d'identité : dis moi ce que tu fais et je te dirai qui tu es. Ce fût un des plus gros obstacles que j’ai dû surmonter. Lorsque vous vous rendez compte que tout le système dans lequel vous avez pendant longtemps pensé vous épanouir ne vous convient finalement pas tant que ça, qui êtes vous censé être à présent? Mais aussi difficile que passer par cette phase peut être, elle est aussi un espace propre à l’évolution et la découverte de soi.

Ne serait-il pas plus sensé de se demander qui l’on veut être plutôt que ce que l’on veut faire? C’est une question que j’aurais aimé me poser avant de me sentir complètement piégée dans un système vendant majoritairement le fait de gagner de l’argent comme but principal. Détester son travail mais faire de la thune: si croire aveuglément à ce concept est facile, la difficulté de retrouver un autre sens à sa carrière rappelle à quel point on s’est perdu en chemin.

Il m’a fallu déconstruire un lot d’injonctions qui depuis longtemps avaient élu domicile au sein de mon esprit. La première est que, contrairement à ce que j’ai cru, je n’ai pas besoin d’une carrière en entreprise pour me sentir épanouie dans mon travail - la reconnaissance sociale qui y est supposément liée, n’est qu’un tas de bêtises. La seconde est que je ne devrais pas choisir mon travail en fonction du salaire proposé. Et enfin, je dois faire absolument ce que je veux, sans prendre en considération l’avis de qui que ce soit.  Je suis convaincue qu’au delà du caractère nécessaire du travail dans nos société capitalistes, ce dernier peut aussi être vecteur d’épanouissement personnel. Le succès relève d’une vision personnelle, elle même liée à des besoins tout aussi intimes. Il n’y a pas une seule et unique manière de voir le succès et ce, malgrès ce que l’on peut parfois tenter de nous faire croire. Et s’il n’est pas aisé d’intégrer cela, j’essaie de me détacher de ces idées pré-conçues qui m’ont pendant longtemps, empêchée de me poser les bonnes questions.

par Jessica