Retour sur la série Girls de HBO

 
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En 2017, la dernière saison de la série Girls a été diffusée. Après 6 saisons, 62 épisodes et beaucoup de rires, il a fallu dire au revoir aux quatre filles qui nous ont appris que : 

Il ne faut pas se sentir coupable d’aimer traîner au lit (même si c’est beaucoup)

Votre mec peut passer de « pas ouf » à « très sexy », et ce en seulement une saison, donc ne pas rompre trop rapidement  (oui, je parle bien de Charlie, aka Christopher Abott)

Il ne faut pas tromper son copain actuel avec son ex mari, il se peut qu’il soit maintenant accro aux oxys.. 

Cela peut avoir l’air drôle comme ça mais ces petites leçons de vie peuvent se révéler très utiles, on ne sait jamais. 

Malgré les débats sur le fait que les actrices de la série sont en majorité blanches et hétérosexuelles (ce qui peut effectivement être compliqué pour certaines femmes de s’identifier), nous avons choisi de nous intéresser à d’autres aspects de la série. 

Un goût de réalité 

Hannah a quelques kilos en trop dont elle a du mal à se débarrasser (en réalité elle n’essaye pas vraiment, mais elle s’en plaint beaucoup), la confiance en soi et le bien être de Marnie passent par la validation masculine, Jenna a peur de l’abandon. Et Shoshanna ... il faudrait écrire tout un article à son sujet. Il y a quelque chose d’à la fois incroyable et fatiguant chez elle. 

Si on regarde bien, les quatre filles sont un équivalent un peu cheap du groupe de Sex & The City, et cela fait plaisir à voir. On a enfin eu le droit à une une série mettant en scène des personnages qui pourraient  exister dans la vie réelle. Cet aspect est d’ailleurs l’une des raisons du succès de la série : cela rompt avec les codes de la série US basique. Attention aux malentendus, je suis et serai toujours fan des séries telles que Newport Beach,  Gossip Girl, 90210. Qui n’apprécie pas un bon teen drama? Alors certes, ils permettent de penser à autre chose, mais leurs scenarios ne relèvent absolument pas de la réalité, ce qui rend l’identification aux personnages difficile. Quelques exemples : 

Premièrement, avez vous remarqué que personne ne mange jamais ? Imaginez vous : une table de brunch avec du jus d’orange pressé, du café frais et des pancakes si parfaitement cuits que vous pourriez presque en sentir l’odeur à travers l’écran.. Et personne n’y touche ! Pas une seule bouchée ! Rien ! Excusez-moi mais cela n’a rien de réaliste ! Ensuite, avez-vous déjà compté le nombre de tenues différentes portées dans un seul épisode ? Il arrive même qu’en une journée, un personnage change plus de vêtements que vous en une semaine ! On se sent mal d’un coup non ?

Alors partir de cela, pour arriver à une scène de Girls ou l’un des personnages grimace sur les toilettes car son infection urinaire est revenue, une ligne a clairement été franchie. 

Là où le dilemme quotidien de Blair Warldorf est de savoir quel sac CHANEL porter aujourd’hui (elle ne peut vraisemblablement pas porter deux fois le même, c’est plus compliqué qu’on le pense !) Hannah se demande si son sex-friend finira un jour par vraiment l’aimer. De son côté, Shoshanna se doit de réussir ses examens et Marnie organise l’avortement de Jenna tout en se demandant si Hannah pourra payer le loyer, étant donné qu’elle n’a pas de travail et que ses parents refusent de lui donner de l’agent. 

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La série nous donne aussi une idée d’à quel point le monde peut être cruel. Non, un travail ne vous attend pas forcément en finissant vos études et oui, il va peut-être falloir accepter quelques petits jobs histoire de ne pas finir dans la rue.  Il se peut aussi que vous n’ayez aucune idée de quoi faire de votre vie et ce n’est pas grave. Ah et non, les filles ne se réveillent généralement pas en se sentant au top, arborant un maquillage parfait. Choquant.

Eh bien c’est la vraie vie. A consommer cul sec, sans sucre. 

L’amitié au féminin

« L’amitié entre deux étudiantes est plus splendide et plus dramatique que n’importe quelle romance » (Lena Dunham, Girls, Season 2)

Girls, c’est aussi l’histoire de comment l’amitié entre deux filles peut être compliquée et pleine de paradoxes. C’est un mix d’amour et de rancoeur, de sororité et de dépendance affective. Ce qui est intéressant est l’évolution de cette relation au fur et à mesure du temps. Ce qui pouvait parfois être une source de tristesse et de stress quand nous étions plus jeunes, tend à devenir plus sain avec le temps. 

Nos amies sont généralement les premières personnes à qui on se compare, ce qui donne dès le début une dynamique négative à la relation : « Qui sera la première à avoir un copain? Pourquoi est-elle si fine ? Est-ce-que les garçons la regardent plus que moi ? ». Cela est bien représenté dans la série : Hannah se décrit comme étant « enrobée » et se surnomme « le gros bébé ange » tandis que Marnie est « l’ange Victoria Secret ». Est-ce normal qu’une personne soit source à la fois d’amour et d’émotions si négatives envers soi-même ? 

Les limites de l’intimité dans l’amitié féminine peuvent être assez floues et les attentes de l’une envers l’autre, hautes. C’est un mélange de tant de sentiments différents qu’ils peuvent parfois nous faire perdre pied. Par exemple, Hannah et Marnie dorment dans le même lit, prennent leur douche ensemble et parlent de tout. Cependant, elles se jugent beaucoup et peuvent être si égocentriques qu’elles ne se rendent pas compte du mal qu’elle font à l’autre. 

Concernant les attentes, elles illustrent bien le désordre qu’une amitié entre filles peut être. Dans la saison 2, après qu’Hannah a avoué à Marnie qu’elle savait que celle ci avait couché avec son ex-maintenant gay- copain (il faut suivre), elle lui expose à quel point ses attentes sont folles : «Je ne veux pas aller chez Serendipity pour boire du chocolat chaud glacé  avec Elody, la copine de ton oncle […] ce n’est pas ce qui fait de quelqu’un un bon ou mauvais ami». Les filles peuvent parfois en attendre beaucoup l’une de l’autre quand elles sont très proches et cela peut expliquer pourquoi les amitiés teintées de dépendance affective sont plus courantes qu’entre garçons. Un grand nombre de filles l’ont connue : une amitié marquée par un peu de possessivité et ce besoin irrépressible d’être tout le temps ensemble.  Ces relations sont superbes car elles donnent l’impression d’être invincible, ce qui aide quand on est adolescente ou au début de la vingtaine, et qu’on cherche à savoir qui on est.  Mais elles sont aussi très intenses et nous avons tendance à nous construire comme une entité au lieu que chacune développe sa propre personnalité. Soit la relation se termine brutalement car l’une s’en lasse, ou les deux parviennent à la rendre moins envahissante et donc plus saine. C’est ce qu’il se passe à la fin de la première saison de Girls : Marnie décide de déménager de leur collocation . En effet les deux filles avaient besoin de prendre de la distance et de se construire indépendamment. Elles étaient bien trop occupées à se juger et se comparer l’une à l’autre pour se souvenir de la raison pour laquelle elles étaient amies.  

Un peu de gentillesse

De nos jours avec les réseaux sociaux , nous avons d’autant plus tendance à constamment nous comparer aux autres filles . Il semble que nous traînions cette mauvaise habitude depuis le collège : c’est en quelque sorte un de nos baggage émotionnel, et nous devons nous en débarrasser. Soyons un peu clémentes envers nous mêmes et les autres et essayons de nous réjouir du succès des autres femmes. Au lieu de se dire «  Pourquoi réussit-elle aussi bien? » , essayons : «Bien joué, cela m’inspire pour faire la même chose ». 

par Jessica

 
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