10 Faits qu'on a adoré dans Sex Education

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Ce début d’année 2019 a été riche en découvertes en matière de séries. Et il y en une qui a fait beaucoup parler d’elle - et la raison de son succès va au delà du fait que le sujet principal soit le très populaire et vendeur thème du sexe. Sex Education donne une vision pertinente et moderne des problèmes que les adolescents ou jeunes adultes peuvent rencontrer de nos jours. De plus, la dynamique générale de la série est basée sur la destruction de stéréotypes souvent associés aux notions de genre, d’âge et de sexualité - ce qui participe à déconstruire de fausses idées présentes dans nos sociétés. Et là où le travail est particulièrement appréciable, c’est dans la représentation des personnages et situations ainsi que dans le message qui y est associé. Voici dix éléments qui ont fait de Sex Education une si belle série.


1.C’est le parfait mix entre une bonne vieille série d’ado Américaine et la British touch

Il y sont tous, le compte est bon : la meuf rebelle (Maeve), le groupe de pestes (Ruby, Anwar et Olivia), le mec parfait (Jackson) ainsi que la brute qui vole le déjeuner des plus faibles (Adam). Ça, c’est fait. A cela s’ajoute les inévitables casiers dans les couloirs - qui, associés à la sonnerie stridente et aux cours de science gênants, font partie des éléments indispensables à la parfaite teen série US.  Cependant, l’origine de Sex Education nous est vite rappelée par les différents accents ainsi que le lieu : une campagne Anglaise plus vert tu meurs, ainsi qu’une école qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’une des ailes de Poudlard. Les préfets font la loi et ici, les snacks de référence ne sont pas les Cheetos : on se parle crumpets et Curly Wurly.

2. Un nouveau modèle de mère dans la cinquantaine.


« Une femme atteint le pic de sa beauté vers 25 ans, après c’est terminé pour elle. Les hommes eux, sont comme un grand cru : ils s’embellissent avec le temps »

Quelle connerie! Et le personnage de Jean est le parfait exemple qui tord le cou aux clichés. Malgré le fait qu’elle soit l’une des personnes les plus intrusives que le monde ait jamais connu, c’est une femme superbe et active pour qui le divorce a été bénéfique. Non, elle ne passe pas son temps à regretter son mari ou à en chercher un nouveau. Elle se sent libre de coucher avec qui elle souhaite, parvient à payer les factures et à s’occuper de son fils. De plus, il est intéressant de relever la couleur blonde, presque blanche de sa chevelure. L’idée qu’une femme n’est « consommable » que lorsqu’elle est jeune  a créé une obsession chez ces dernières de repousser les signes de vieillesse, parfois à tout prix. Et se débarrasser de ses cheveux blancs est l’une des premières étapes. Le fait que Jean, une femme de 50 ans environ porte ses cheveux d’une couleur qui peut facilement être confondue avec du blanc, va contre cette idée que féminité, beauté et sexualité doivent être dissociées du fait de vieillir.

3. Un anti « mec parfait »

Le personnage du « mec parfait » est un basique de toute série ou film d’ado qui se respecte : Nate Archibald (Gossip Girl), Aaron Samuel (Mean Girls), Liam Court (90210), Peter (A tous les garçons que j’ai aimés) - la liste est longue. Soyons honnêtes, ces séries et films n’auraient pas été les mêmes sans ces personnages. Qu’aurait-on fait sans leurs chevelures brillantes, leurs yeux bleus/verts, leurs physiques parfaits et les copies conformes de Barbies qu’ils ont pour petites amies? Blancs et bien sous tous rapports. Si vous pensez avoir repéré un schéma répétitif, vous avez raison : ces personnages se ressemblent et agissent souvent de manière similaire.

De son côté, et même s’il fait également partie de la catégorie «sportif et canon», Jackson est un homme Noir sous traitement pour un problème d’anxiété, ayant été élevé par deux mères. Il est attiré par la rebelle aux cheveux roses de l’école et c’est lui qui a pris l’initiative de faire passer leur relation de sex friends à serieuse. Il était temps d’introduire un peu de diversité dans ce type de personnage qui, d’un point de vue scénaristique, est essentiel et souvent vecteur de beaucoup désirabilité (qu’elle soit féminine ou masculine). Mais pour aller plus loin, un tel personnage retire un peu de pression des épaules des jeunes hommes qui subissent des injonctions les poussant à croire qu’ils doivent à tout moment être forts physiquement et mentalement. Alors qu’Otis est une sorte d’anti cliché sur la sexualité masculine, le personnage de Jackson lui, permet d’écraser des injonctions liées à ce qu’une personnalité masculine doit être.


4. Un regard positif sur la religion

Dans la série Chewing Gum de Michaela Coel, Cynthia, la soeur très religieuse et socialement gênante de Tracy affirme « Très peu de gens savent comment avoir une conversation à propos de Dieu sans sortir à un moment ou un autre ‘c’est stupide' ». S’il n’est pas question ici de mener une campagne de conversion, il est néanmoins intéressant de noter que de nos jours, le sujet religieux n’est soit pas traité du tout ou alors source de moqueries.

Eric a grandi dans une famille religieuse et a rejeté cette foi - ce qui est sans doute lié à sa sexualité. En effet, il peut être compliqué pour un homme ou une femme homosexuel(le) de vivre sa foi lorsque le concept derrière celle ci nie l’existence voire condamne la sexualité de ces derniers. Mais lorsque Eric décide de se rendre à l'église avec le reste de sa famille le soir du bal de l’école, une des phrases prononcées par le pasteur est « Si Dieu t’aime, alors qui es-tu pour ne pas t’aimer ». Ici, ce n’est pas l’aspect nocif de la foi qui est dépicté : une vision positive et saine est donnée de la religion en la liant à l'acceptation et l’amour de soi.

5. Un famille acceptante

Continuons sur le cas d’Eric. Il aime durant son temps libre s’habiller en femme et se maquiller. D’une part, la série montre la tolérance ainsi que l’ouverture d’esprit dont fait preuve la jeunesse à travers les personnages d’Otis, Lily et Aimée. Mais elle nous confronte également au rejet et à la violence avec lesquels les garçons et les hommes qui se travestissent doivent vivre. Rien de bien novateur. Là où se trouve tout l’enjeu est dans la manière dont la famille d’Eric travaille à accepter la personnalité de ce dernier et à quel point ce travail est lié à la culture et à l’histoire familiale. Le père d’Eric, qui a immigré en Grande Bretagne veut protéger son fils de la haine d’autrui - raison pour laquelle il lui demande à plusieurs reprises s’il est sûr de vouloir vivre sa vie comme cela.

Il faut également noter ici qu’il semble que gérer la sexualité ainsi que les choix d’Eric reste une affaire d’homme à homme. Car si la mère d’Eric est mentionnée, c’est du père de ce dernier dont on perçoit les réactions et c’est de lui qu’on attend l’acceptation et la validation. Là également, la série nous rappelle la force de l’influence entre hommes lorsqu’il s’agit de masculinité et de ce qui est socialement et culturellement attendu d’un homme.

6. La promotion de la masturbation féminine

Aimée a quelques problèmes que beaucoup de filles connaissent : ne pas connaître la manière dont son corps fonctionne, voir la masturbation comme étant quelque-chose de sale, simuler ses orgasmes et placer le plaisir de son partenaire avant le sien. Alors qu’on apprend aux garçons que leur masturbation est saine (dû à un besoin biologique d’évacuer régulièrement leur semence), l’idée longtemps perpétuée d’une nécessité de pureté féminine a rendu les filles honteuses d’explorer leur propre corps. Dans l’histoire de la télévision, l’unes des rares femmes promouvant la masturbation féminine est Samantha Jones (Sex & the City) qui a prononcé des phrases légendaires telles que « Chérie, mon vagin n’attend aucun homme » ou  «Je me masturbe. Je t’ai dit que c’est ce que je ferai toute la journée ». Et elle a même réussit à convaincre la très coincée Charlotte de faire de même. Et si Sex & The City est une série de qualité, elle peut apparaître comme un peu vieillissante et il fallait des exemples plus récents afin que les jeunes générations puissent s’y identifier. Et dans Sex Education, le conseil de se masturber est donné par un garçon (Otis) à une fille, ce qui est porteur d’un message encore plus puissant.

7. Un avortement qui n’est pas remis en question

La représentation de l’avortement est généralement associée à une forte souffrance ainsi qu’a à lot de questionnements (de la part de la femme enceinte ainsi que de son entourage). Il y a, à la télévision de nombreux exemples de femmes qui changent d’avis et décident de ne pas avorter - ce qui dans certains cas, participe à renforcer une diabolisation de l’acte. Dans le film Juno, la protagoniste change d’avis et sort de la clinique au dernier moment. De son côté, Maeve décide d’avorter et est convaincue de faire le bon choix pour elle. Que ce soit décider de subir un avortement ou de garder son enfant, le choix n’est jamais simple (quand cet enfant n’était pas désiré). Mais il était nécessaire de voir une série dans laquelle le choix d’une femme de ne pas garder son enfant est respecté et non remis en question.

Cela dit il y a tout de même dans cet épisode des personnages qui créent un malaise et dont l’intérêt pourrait être de rappeler que de nos jours, il y a encore des personnes qui continuent de faire culpabiliser les femmes.

Tout d’abord le duo religieux « pro vie » qui est en grande partie tourné en dérision par les scénaristes : une femme les insulte, on leur jette des aliments au visage et l’on finit par comprendre que leur vision même de la virginité leur vaudrait bien quelques cours de SVT supplémentaires.

Le second personnage est l’infirmière, représentant ce personnel hospitalier encore trop souvent source de culpabilisation : elle fait ici sous-entendre à une femme que celle-ci ne prend pas l’avortement au sérieux du fait qu’elle l’ait fait de nombreuses fois. Cette dernière souffre en réalité énormément et est en fait plus réaliste qu’autre chose sur sa capacité à être une bonne mère. De plus, il y a une beauté dans son personnage car elle agit comme une sorte de mentor pour Maeve - nous rappelant que l’on devrait s’aider plutôt que de se culpabiliser.

8. Des types de familles diversifiés

Un papa et une maman. N’est-ce pas une représentation fidèle à la réalité?  Pas vraiment. Dans Sex Education, Jackson a deux mamans, Otis vit avec sa mère, et Ola avec son père. Ce qui est plus représentatif de la vie réelle.

9. Coucou, un vagin poilu

Depuis quelques temps, une prise de conscience a lieu sur la représentation du sexe féminin. Basé sur la culture porno, l’injonction à se débarrasser de ses poils pubiens est une réelle charge pour les femmes et jeunes femmes - mais les mentalités commencent à évoluer. L’industrie de l’épilation a pendant trop longtemps fait un business sur de fausses croyances qu’elle a elle même créée : une femme sexy et désirable est une femme qui s’épile. Dans la série Girls, Hannah affirme « Pour ton information, c’est ce à quoi une femme adulte ressemble quand elle utilise ses poils pubiens de la manière dont « Dieu » l’a prévu - qui est de protéger son vagin ». Merci. Et si dans Sex Education les circonstances sont plutôt mauvaises (un étudiant ayant une photo du vagin de Ruby fait du chantage à cette dernière), au moins, le sexe que l’on voit durant l’épisode est un vagin de la vraie vie, avec les poils qui sont livrés avec.

10. Une filles obsédée par le sexe.


« Les mecs sont juste intéressés par le sexe, ne leur fais pas confiance »

« Il voulait juste coucher avec toi, c’est tout »

« Tu devrais attendre de rencontrer un mec dont tu es amoureuse pour faire l’amour »

Ces phrases vous disent quelque chose? Et bien si vous avez vu Sex Education, vous saurez que le personnage de Lily est la version féminine des ces fausses croyances. Ce qui l’intéresse elle, c’est de s’envoyer en l’air - et peu lui importe avec qui, elle veut juste tirer un trait sur sa virginité. Et vous savez quoi? Des filles comme ça, il y en a des tas.  Qu’elles soient vierges ou pas. Et pourtant, encore de nos jours, on les qualifie de salope voire pire. Les mecs n’ont pas le monopole du désir et des pulsions sexuelles. Et les filles ne sont pas forcément intéressées par les sentiments et l’amour. Et BIM !

…En bref

Voir que des luttes sociales concernant les genres, la sexualité et le féminisme commencent à être abordés dans la pop culture est une belle avancée. Cela témoigne d’un changement dans les mentalités et assure une meilleure accessibilité à l’information afin qu’un plus grand nombre soit sensibilisé à ces questions. Et quel meilleur moyen de prêcher la bonne parole qu’à travers une bonne série d’ado?


par Jessica Ayinda