L’émancipation de Britney Spears (basée sur les paroles de ses chansons et clips vidéos)

 
 
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Commençons par les faits : Britney Spears est une légende. Alors, pas au même titre qu’un Michael Jackson ou d’un Jimi Hendrix, mais tout de même! Elle a pendant longtemps été l’idole de milliers de filles et de garçons à travers le monde et est l’un des symboles les plus populaires du rêve Américain. C’est l’une des premières chanteuses qui nous viennent en tête lorsqu’on parle du début des années 2000. Qui n’est pas familier de tous les scandales qui ont rythmé sa carrière? Son rasage de crâne a constitué l'événement majeur de l’année 2007, donc respect ! Mais malgré tous les bons souvenirs que ses chansons provoquent, on ne peut pas dire que Britney Spears ait toujours diffusé une image positive de la femme, au contraire. Il y a certains inconvénients qui viennent avec le fait d’être une star ado : avoir chacun de ses mouvements surveillé et son image contrôlée afin d’en faire un business. Et pour vendre, elle a dû répondre à toutes les exigences de ce qui était attendu de la part d’une jeune fille : être sexy et attirante, chanter à quel point elle ne peut vivre sans un homme .. Ce qui est en complète adéquation avec les notions machistes qui faisaient (et font toujours) partie des règles sociales de l’époque. Pourtant, et même si elle est quand même l’auteure de paroles comme “Oh baby baby, the reason I breathe is you”, qui sont quelque peu problématiques, notre petite Britney a quand même bien évolué avec le temps et nous pouvons en voir les manifestations dans les paroles de ses chansons les plus connues : elles reflètent en quelque sorte son cheminement vers l’indépendance et la découverte de soi.

L’Âge de l’innocence

1999. Une année importante : celle de la sortie du premier album de Britney intitulé Baby One more time. Une Britney toute jeune et fragile, sautant dans les couloirs de son lycée, ses cheveux attachés en couettes. Si vous pensez “cliché”, vous avez tout à fait raison : nous avons ici le pire stéréotype de l’ado Américaine de base, s’amusant avec ses amis tout aussi Américains, dans un lycée tout droit sortie d’une série télé. Bref, vous voyez le genre.

Gardons en tête que s’agissant là d’un premier album, ce dernier se devait de représenter l’imaginaire porté par l’image Britney: la jeune fille naïve toujours accommodante qui se cherche et se repose sur une présence masculine pour exister. Elle représentait à cette époque toutes les valeurs de pureté féminine et de co-dépendance masculine. Si la première notion peut être vue à travers ses clips vidéos, c’est dans les paroles des chansons de ce premier album que l’on remarque la seconde.

 

‘Baby, I'm so into you. You got that something, what can I do? Baby, you spin me around, oh, The earth is moving, but I can't feel the ground’ Crazy

‘I don't wanna be so shy. Every time that I'm alone I wonder why. Hope that you will wait for me. You'll see that you're the only one for me’ Sometimes

‘Oh pretty baby. There's nothing that I wouldn't do. It's not the way I planned it. Show me how you want it to be’ Baby one more time

 

Cependant, un revirement de situation a lieu dans le deuxième album. Pour rappel, dans Baby One More Time Britney affirmait “My loneliness is killing me” (Ma solitude me tue), ce qui match à 100% avec l’image de la fille désespérée et supposée pure. Mais en 2000, avec la sortie de Oops I did it again et la chanson Stronger Britney finit par chanter “My loneliness ain’t killing me no more”. Ce qui est bien sûr une réponse directe à sa toute première chanson et la preuve qu’une évolution a eu lieu dans sa manière de penser : non, son épanouissement n’est plus fonction du fait d’être la copine de qui que ce soit. Et l’indépendance émotionnelle étant une grosse part de l’émancipation féminine, sur ce coup on donne un point à Britney.

 

“I'm not your property as from today, baby”  Stronger, Album : Oops I did it again

Ce processus émancipatoire propre à Oops I did it again ne s’arrête pas ici. Dans la chanson éponyme, une des paroles les plus célèbres est “Oops, you think I'm in love. That I'm sent from above. I'm not that innocent”. En mettant en avant cette facette moins vertueuse de Britney, l’album se construit en contradiction totale du premier et permet à Britney de gagner en personnalité, comparé à la version lisse initiale de “jeune fille jolie et heureuse”.

UNE NOUVELLE MANIère d’exprimer sa sensualité

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Nous avons donc une Britney changée: mêmes cheveux blonds et même voix aiguë mais une vision différente du personnage qu’elle montre au monde à travers sa musique.

C’est connu, le sexe fait vendre - en particulier au sein de l’industrie musicale, et en particulier pendant le début des années 2000. Que ce soit Britney Spears, Christina Aguilera ou encore Jennifer Lopez, toutes les chanteuses étaient hypersexualisées à travers les paroles de leurs chansons et leurs clips : être sexuellement attirante était vu comme l'unique manière de réussir pour ces dernières. En ce qui concerne Britney, elle a toujours été présentée comme une jeune femme sexy, cf les combinaisons en latex rouge, les mini jupes et crop tops portés dans ses clips. Je suis pour le droit des femmes de porter ce qu’elles veulent, peu importe la longueur de leurs tenues ou la quantité de chair que celles ci dévoilent. Mais c’est encore différent lorsqu’une tenue est spécialement étudiée pour correspondre à la vision de ce qu’une femme sexy est supposée être : elle doit attirer l’attention tout en respectant un certain niveau de sensualité afin que cela ne soit pas perçu comme “vulgaire” d’un point de vue masculin. Dans le cas de Britney et de son premier album, cela se manifestait à travers des tenues courtes qui parvenaient cependant à être toujours liées à une certaine innocence du contexte. En effet, dans Baby one more time elle joue le rôle d’une étudiante et dans Crazy, on assiste à sa première sortie entre filles (les cops et les garçons hihihi). En gros, c’est la Vierge Marie en mini jupe - mais sans maquillage.

Mais la manière dont elle exprime sa sensualité prend un autre tournant à partir de I’m a slave for you. Nous passons d’une sensualité chaste à une ambiance “regarde moi à moitié à poil”. De toute évidence, l’image de Britney dans ce clip est toujours fonction de la vision masculine d’une femme sexy, avec son soutien gorge et son string porté au dessus de son jean. Mais au moins, sa sensualité est franchement exprimée: il n’y a plus ici de tentative de la modérer ou de la justifier par un contexte. D’ailleurs, en regardant ledit clip, nous voyons qu’elle n’est pas là pour faire plaisir à qui que ce soit, comme le soulignent les paroles: Always saying little girl don't step into the club. Well I'm just tryin' to find out why 'cause dancing's what I love”.

La présence masculine elle aussi est différente : il s’agit de danseurs dont la chorégraphie ne fait que magnifier la performance de Britney au lieu de mettre l’accent sur l’effet que sa sensualité à sur eux. Cette dynamique générale, cette manière de lier sensualité et pouvoir va être utilisée dans les clips ultérieurs (Toxic, Me against the music..).

DE LA DÉPENDANCE AU CONTRÔLE

Vous vous souvenez de la période où Britney exprimait à quel point elle ferait tout pour un homme dans sa vie? Et bien avec les albums Britney et In the Zone, ces jours sont bien loin.. Dans plusieurs de ses chansons, elle exprime sa volonté d’avoir plus de contrôle sur ses choix de vie, celle de vouloir affirmer sa sexualité selon ses règles : au revoir la petite colombe fragile des débuts. Dans Boys, elle chante “Boys, and when a girl is with one. Boys, then she's in control ”. Le message est clair. Et la force de ces paroles réside dans la manière dont elles présentent la sexualité comme une manière d’acquérir du pouvoir, niant donc le lien qui est souvent fait entre sexualité féminine et soumission.

Dans Overprotected, elle exprime sa frustration par rapport au système dans lequel elle évolue tout en affirmant une volonté de prendre le contrôle de sa vie et d’arrêter de laisser les autres la définir. En grand pas pour Brit !

Dans Me against the music, elle atteint le summum de sa confiance elle : la chanson est une invitation à la compétition et l’affirmation de sa détermination après tant d’années dans une industrie qui ne lui a pas fait de cadeaux.

 

‘I wanna get in the zone. If you really wanna battle, saddle up and get your rhythm. In a minute I'm a take a you on, I'm a take a you on’ Me against the music, Album : In the Zone

A UNIVERSAL QUEST FOR INDEPENDENCE

 

‘Here we are with nothin' but honesty. I've had enough, I'm not gonna stay’ Cinderella, Album: Britney

‘I'm so fed up with people telling me to be. Someone else but me !’ Overprotected, Album: Britney

‘I don't need permission, make my own decisions. That's my prerogative’ My Prerogative, Album: Greatest Hits: My Prerogative

 
Britney Spears 2007

Si l’on regarde bien, l’évolution que l’on remarque dans ses paroles/clips au fil des albums ne serait-elle pas le reflet de l’évolution de la manière de penser les jeunes filles? De notre façon de concevoir la féminité (maquillage, paillettes et jupes), à notre relation parfois obsessionnelle aux mecs qui les plaçait comme des éléments indispensables de nos vies (pour les filles hétérosexuelles). La carrière de Britney est en quelque sorte l’histoire d’une jeune fille s’étant toujours définie à travers le regard des autres et qui décide de s’en émanciper.

C’est aussi le reflet de la manière dont a évolué l’industrie musicale : il fût un temps où toutes les chanteuses/rappeuses semblaient sortir du même moule de féminité exagérée et d’attitudes hyper sexualisées. De nous jours, le paysage d’artistes féminines semble être plus diversifié : certaines choisissent de continuer sur le modèle de femme sexy tandis que d’autres choisissent d’affirmer une identité plus masculine ou même neutre dans la manière d’exprimer leur sexualité. En ce qui concerne Britney, je trouve personnellement que l’album In the Zone était le dernier digne d’intérêt, car ceux l’ayant succédé ne portent pas le pouvoir nostalgique des plus anciens. Mais il s’agit ici de souligner à quel point elle sera toujours une icône pour nos générations car dans une certaine mesure, chacun de nous peut retrouver une partie la/le jeun(e) fille/garçon qu’elle/il était dans une de ses chansons.  

by Jessica

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